La Mongolie a décidé de construire un planétarium à Oulan Baator, capitale de ce grand pays, 3 fois la France quand même ! Alors que l’Uranoscope a passé un accord de partenariat avec l’observatoire d’Oulan Baator j’ai profité de mes séjours en Mongolie pour en savoir plus sur ce projet qui fait honneur à la sagesse mongole et à la volonté de ce pays d’encourager l’éducation et en particulier la diffusion du savoir scientifique et astronomique : tout un programme dont beaucoup de pays à travers le monde devrait méditer. La Mongolie grâce à ses ressources minérales, de l’uranium ou des terres rares, convoitées par les grands industriels de la planète, commence à disposer de moyens financiers. Démocratie depuis la fin de la dictature à la mode soviétique, Oulan Baator veut dire « Héros rouge » …, son gouvernement entend faire progresser la société mongole et le planétarium en tant qu’outil pédagogique doit y contribuer. Aussi j’ai pensé qu’un interview avec Monsieur Dembrel, Vice directeur et Secrétaire scientifique du CRAG (Centre de Recherche en Astronomie et Géophysique de l’Académie des Sciences) vous apportera un éclairage nouveau sur la Mongolie qui n’a pas fini de nous étonner et de nous surprendre et pourquoi pas de nous ramener à des valeurs fondamentales comme la diffusion des sciences de l’Univers. Un beau projet comme on l’aime à l’Uranoscope, voici donc cet interview, inédit et passionnant, pour notre site et ses lecteurs.

Monsieur Dembrel, pourquoi avoir décidé la construction d'un planétarium ?

« Le premier planétarium de Mongolie fut construit en 1970. L’équipement pour ce planétarium fut fourni par l’observatoire astronomique de Mongolie aux enfants et écoliers du club des jeunes astronomes du palais de Mongolie. Ce club était organisé par un professeur d’astronomie R. Khorloo ; les jeunes astronomes pouvaient y étudier les bases de l’astronomie ainsi que l’histoire de l’astronomie en Mongolie. Ce planétarium était l’un des endroits favoris des enfants et des écoliers à cette époque.

Au début des années 1990, quand une crise politique et économique a frappé la Mongolie, cette crise a aussi frappé le système d’éducation mongol. Le planétarium et le club des jeunes astronomes furent aussi touchés : le support technique et financier pour l’entretien du matériel électronique et optique du planétarium fut quasiment complètement arrêté. Suite à cela, il ne fut plus possible de maintenir le planétarium dans des conditions de fonctionnement correctes, et l’équipement fut transporté au camp d’été des écoliers mongols. Quelques années plus tard, l’ensemble du matériel était hors d’état de fonctionnement. Au début de l’année 2006, l’idée d’un nouveau planétarium a été lancée, un planétarium moderne où les jeunes générations pourraient apprendre à propos de l’origine et de la nature de l’univers, ainsi que des recherches dans ce domaine de la science. Il est d’autant plus important de promouvoir l’astronomie en Mongolie que les pseudos sciences et le shamanisme occupent une place importante dans la vie des mongols et continuent à les influencer. Avant de continuer plus avant sur ce nouveau planétarium, je voudrais vous présenter l’organisation qui s’occupe de réaliser ce projet : le centre de recherche en astronomie et géophysique de l’académie des sciences mongoles (CRAG). En 1957, année géophysique internationale, le gouvernement mongol a installé la première station de surveillance sismique et décidé de la construction d’un observatoire astronomique. Ces actions ont constitué les débuts des recherches en astronomie et en géophysique en Mongolie. Pendant 40 années, ces recherches se sont déroulées indépendamment l’une de l’autre. En 1997, les départements d’astronomie et de géophysiques ont été regroupés sous un seul institut, le Centre de Recherche en Astronomie et Géophysique, le CRAG, dont la mission principale consiste à développer la recherche fondamentale en astronomie et en géophysique. Parallèlement à la recherche fondamentale, la sensibilisation au programme de recherche astronomique est également très importante. En 2004, M. Sakai, un japonais propriétaire d’un planétarium, alors en visite au CRAG, a offert des équipements et des accessoires pour un planétarium en Mongolie. Plusieurs années ont été nécessaires pour obtenir les permis de construction pour le planétarium. Nous avons reçu un très important soutien du professeur et astronaute mongol Jugderdemidiin Gurragchaa. Son implication et ses efforts pour souligner l’importance sociale d’un planétarium ont permis la validation du projet par le parlement mongol : la construction d’un batiment pour le musée des sciences spatiales et le planétarium a été prévu sur le budget de l’état de 2011. Les travaux ont débuté durant l’année 2011, et sont actuellement finis à 85%. Nous espérons finir les travaux en Juin 2012 et pouvoir commencer l’installation des appareils du planétarium.

Avez-vous bénéficié de conseils pour le réaliser et quel sera le planétaire qui va projeter les étoiles ?

Plusieurs propositions ont été étudiées pour le design du bâtiment et du dôme du planétarium. M. Sakai, propriétaire du planétarium au Japon, nous a également conseillé sur la géométrie et la taille de notre futur planétarium. Le design final du bâtiment a été réalisé par M. Buyanduuren dans le cadre de la validation de son diplôme de l’Université des sciences et de la technologie mongole. Il travaille actuellement au CRAG et est responsable de la communication avec la compagnie chargée de la construction du planétarium. En Décembre 2011, le Dr. J.Gurragchaa, cosmonaute mongol, le Dr. U.Sukhbaatar, directeur du CRAG, et moi même, Dr. S.Demberel, responsable scientifique au CRAG, nous avons ont été invités par l’Observatoire astronomique national japonais (NAOJ) pour visiter l’agence aérospatiale japonaise, le musée national japonais des sciences émergentes et de l’innovation (Miraikan) ainsi que l’Observatoire astronomique national japonais. Cette fantastique opportunité nous a permis de découvrir à quel point les projets de recherche spatiale et astronomique japonais étaient bien organisés. Nous sommes toujours en contact avec des collègues japonais pour discuter de l’organisation du musée et du planétarium. Ils nous apportent également leur aide pour l’installation des instruments 4D de la salle de conférence et pour l’écran du dôme du planétarium.

Le projet se déroule t-il normalement conformément aux prévisions ?

J’aimerais pouvoir vous répondre « oui, quasiment tout ». Mais après notre déplacement au Japon en Décembre 2011 et la visite du fantastique Miraikan, nous avons vraiment souhaité pouvoir construire un plus grand bâtiment pour le musée et le planétarium. Néanmoins nous comprenons bien que la Mongolie est un pays en développement, et qu’il n’est pas évident de trouver des financements. De plus, il était très important pour nous de pouvoir construire ce planétarium : nous sommes très reconnaissant envers le gouvernement mongol pour nous avoir supporté et financé sur ce projet.

Quels sont les objectifs pédagogiques, scientifiques et culturels du projet ?

Les historiens nous disent qu’en 1227, la dynastie Jin transféra les anciens instruments d’astronomie depuis Kaifeng vers le premier observatoire à Beijing. En 1279, les mongols, menés par Kubilaï Khan, ont construit un nouvel observatoire juste au nord de l’observatoire actuel. La connaissance de base de l’astronomie et ses applications dans la vie de tous les jours sont très importantes pour un peuple nomade come les mongols. Depuis très longtemps, ces connaissances sont utilisées pour prévoir le temps qu’il fera, les intempéries, ou les variations saisonnières. L’objectif principal de ce projet est de populariser la science et ses aspects pédagogiques. Dans le futur, nous souhaitons utiliser le planétarium et le musée pour l’éducation de l’ensemble des écoliers de Mongolie. Une attention plus particulière sera portée aux lycées d’Ulan bator (50% des citoyens de Mongolie vivent à Ulan Bator), et nous prévoyons de travailler à la création de clubs d’astronomie amateurs.




En plus du planétarium y aura t-il d'autres activités prévus comme des salles d'exposition permanentes ou temporaires ?

Nous prévoyons d’installer un atelier d’étude de la voute stellaire sur le toit du planétarium. D’autre part, si nous arrivons à trouver un financement, nous souhaiterions installer dans la salle de conférence un projecteur numérique 4D. Ce « 4D2U » est un projet développé par nos collègues japonais du NAOJ et représente un outil fantastique pour comprendre l’astronomie moderne et les simulations sur ordinateur.

Comment sera présentée la capsule Soyouz ? Quelle est son histoire ? L'astronaute mongol sera t il le Président d'Honneur du planétarium ?

La capsule Soyouz est l’un des points principaux de nos expositions au musée des sciences spatiales. Cette capsule est une capsule originale dans laquelle l’astronaute mongol J.Gurragchaa est rentré sur terre depuis l’espace. Nous remercions vivement nos amis russes qui ont contribué à nous permettre de présenter cette capsule dans nos futures expositions. L’astronaute mongol J.Gurragchaa est également Président de l’union des astronomes mongols. Nous serions très heureux de l’accueillir en tant que Président honoraire du musée des sciences spatiales et du planétarium mongol. Nous espérons vivement qu’il acceptera cette proposition et continuera à travailler avec nous dans le futur pour promouvoir les sciences astronomiques parmi la population mongole.

Quelle sera sa date d'inauguration ou d'ouverture au public ?

Nous espérons terminer l’ensemble de l’installation des instruments et des présentations du musée pour le 1er Novembre 2012. Les dernières mises au point devraient être prêtes pour le 20 Novembre. La cérémonie d’inauguration est prévue pour le 24 Novembre. Le Président de Mongolie Mr. Ts.Elbegdorj, ainsi que les ministres de l’éducation, de la culture, et des membres du Parlement de Mongolie et de l’Académie des sciences mongoles seront conviés à cette occasion. Nous serons également très heureux d’accueillir leurs Excellences ambassadeurs des pays ayant contribué à ce projet, ainsi que nos amis et collègues étrangers.